The intersectionality of gender-based violence and social chasms

Correspondence between Naomi Nabami (étudiante à l’ Université Catholique de Bukavu) and Ananya Upadhya (student at National Law University, Delhi)

Chère Ananya,

J’espère que tu vas bien. De mon côté, tout va bien. Je voudrais te parler dans cette lettre des violences et des discriminations basées sur le genre que vit quotidiennement la femme congolaise.

La violence basée sur le genre ou sexospécifique est une violence dirigée spécifiquement contre un homme ou une femme du fait de son sexe ou qui affecte les femmes ou les hommes de façon disproportionnée.

Les rapports hommes/femmes étant souvent régis par une relation de pouvoir inégale où les hommes ont un statut social dominant, ce sont donc les femmes qui subissent la plupart des fois ces types des violences. De ce fait, l’accent sera porté, dans cet article, sur les femmes victimes de ces violences et particulièrement les femmes congolaises.

Comme nous le savons, depuis l’aube des temps, dans l’histoire de l’humanité, la femme a toujours été un être sous-estimé dans les relations et les interactions sociales. Elle est sujet aux violences, de toute catégorie, basées sur le genre allant des préjugés répandus çà et là dans la société, soulignant que la femme est un être faible qui ne peut rien accomplir de soi-même sans l’assistance d’un « être fort et responsable », en l’occurrence un homme.

Mais, depuis quelques décennies déjà, l’on assiste à une certaine prise de conscience, bien qu’en menu nombre en RDC, de quelques femmes qui défendent des idées telles que toute personne a des droits qu’il faut définir et respecter quel que soit son sexe. Les idées selon lesquelles toutes les femmes doivent jouir de mêmes privilèges que les hommes dans la société.

En RDC, l’effectif des femmes à l’école est encore, malgré tout, moindre surtout dans les milieux ruraux où les jeunes filles continuent d’être mariées à un âge très précoce. Elles sont considérées comme des sources de revenus pour les parents moyennant la dot et plus tard des mains-d’œuvre gratuites pour les maris dans le cadre des travaux ménagers.

Le taux d’alphabétisation en RDC, parmi les 15-24 ans est de 86% pour les garçons contre 59% pour les filles. Seulement un tiers des filles congolaises s’est inscrit dans une école secondaire.

Les coutumes et les religions congolaises, ne sont pas toujours du côté de la femme qui se retrouve rabaissée à tous les niveaux, ne pouvant même siéger avec les hommes, ou exercer aucune fonction de responsabilité dans la société ou dans l’église et ne pouvant même s’habiller comme elle le souhaite sans être sujet à des moqueries, des humiliations et des injures de tout genre.

L’on ne vit pas sa féminité de la même manière selon que l’on est dans tel ou tel autre pays. La République Démocratique du Congo est pour les femmes, un pays où l’on est constamment amené à s’interroger sur la place qu’on peut occuper au soleil ou à l’ombre.

Les violences basées sur le genre, en RDC, sont surtout liées aux coutumes, mœurs et traditions, aux pratiques sociales domestiques, à la faible scolarisation, à l’ignorance par les femmes de leurs droits et les conflits armées récurrents en RDC et qui exposent la femme congolaise à subir des violences sexuelles utilisées comme armes de guerres par les innombrables milices dans ce pays.

Chère Ananya, la réalité du monde actuel présente une certaine complexité parfois souriante, souvent tragique des mécanismes de l’identité. Il apparait aujourd’hui clairement que dans la société congolaise, le statut inferieur de la femme est une source de violences ancrée dans les mentalités faisant de la femme une personne ignorante, vulnérable et exposée à la pauvreté.

En RDC, il demeure rare de trouver des femmes exerçant de hautes fonctions dans la société, des femmes incluses dans le processus de prise de décisions. Ainsi, l’on assiste aujourd’hui à une féminisation de la pauvreté qui s’explique par les discriminations contre les femmes dans tous les domaines du développement, à savoir l’éducation, la santé, la gouvernance, l’emploi, etc.

Être femme en RDC est synonyme de ne jamais vouloir être rationnelle, être différente ou bien décider d’emprunter un chemin diffèrent de celui tracée par la société qui doit-on signaler est dirigée par les hommes, de ne pas réclamer ses droits et de supporter tout type de traitement allant jusqu’aux violences domestiques. La femme congolaise doit se contenter de ce que la société lui offre et lutter pour être à l’image de ce que celle-ci attend d’elle. La pression sociale pousse plusieurs femmes congolaises à se lancer dans des mariages qui n’en valent toujours pas la peine et finissent par se transformer en conflits conjugaux violents exposant non seulement la santé physique de la femme, mais aussi sa santé mentale.

Pour aboutir aux résultats escomptés, je pense qu’il serait nécessaire que les femmes congolaises prennent conscience de toutes les violences qu’elles vivent quotidiennement, aient le courage de les dénoncer et qu’elles s’approprient ce combat contre le respect de leurs dignités et droits individuelles en se soutenant les unes, les autres. Il ne s’agira pas de négocier la tolérance. Car, le fait n’est pas d’être tolérée mais plutôt d’être considérée comme citoyenne congolaise à part entière.

Par rapport à ce que tu viens de lire, peux-tu me parler du quotidien de la femme indienne ? Existe-t-il en Inde, d’autres types de discriminations ou de divisions sociales ?

En espérant une suite rapide de ta part, chère Ananya, je te prie de recevoir mes salutations et mes vœux les plus sincères en ce jour international de la femme.

Bonne fête du 8 Mars!

Sincèrement,

Naomi Nabami, ton amie congolaise!
8-Mars-2021, Bukavu

Dear Naomi,

I am doing well, thank you! I hope you and yours are well during these difficult times. Thank you for your wishes on International Women’s Day, and belated wishes to you. Through your wonderful letter, you fulfilled the 2021 theme of International Women’s Day (Choose To Challenge). I hope to do the same through mine.

I agree with your definition of gender-based violence, although I think that violence against the transgender community must be included. The cause of this, as you have correctly identified, is the relative social, economic, and physical power enjoyed by cis-men.

I was moved by your sentence: “…Today’s world presents a certain complexity, sometimes smiling, often tragic, of the mechanisms of identity”, which beautifully encapsulates the dichotomy of celebrating our differences while striving for equality. For example, women are indeed uniquely capable of motherhood, but not of parenting – the notion of fatherhood must broaden.

You have spoken about the situation of women in DRC. Sadly, that of the average Indian woman is no different. Women are underrepresented in education (the dropout rates rise sharply around the average age of menarche), employment, and governance; she faces regular gender-based violence, harassment, and discrimination at home and outside. In my opinion, the root cause is the notion that women and men are unequal. Going to school or work is still seen as secondary to the primary role of a homemaker that is ascribed to women. It was upsetting to hear that dowry and child marriages are common social evils in DRC, like in India. While researching for a paper I wrote on child marriage, I found that nearly a quarter of all Indian women were married before they turned eighteen.

India has a diversity of religions, sects, and practices – most of which are discriminatory and have failed to evolve with changing times, similar to those in the DRC. For example, it is due to such customs that child marriages are curiously “illegal”, but perfectly valid marriages once solemnized, and women are not allowed to enter several temples and mosques. The control over women’s bodies and moral policing of their clothes is common regardless of one’s social status. Whenever a case of rape garners public attention, her character and clothes are invariably questions. 

Women all over the world have varied life experiences. This distinction is not just between countries, but also within countries – marginalised women are doubly burdened due to their womanhood and their social position. This intersectionality is what I would like to discuss further.

As you are no doubt aware, India not only has class differences like any other country but also has a system of ‘caste’ (where people are categorised into ‘castes’ based on which community they are born into). There is no biological basis for this distinction – yet, some castes were considered the “purest”, others in-between, and those at the bottom expected to perform menial labour (Bahujans). However, the most shocking situation is that of the Dalits, considered “out-castes” and “untouchable” for millennia. People of other castes avoided their touch and even their shadow (considered “polluting”). Dining, engaging in business, and entering marital relationships with them was prohibited. Apart from this, there are also several tribal populations in India (Adivasis, literally, “first inhabitants”) who were isolated from the mainstream caste hierarchy. Academia today generally refers to Dalits-Bahujans-Adivasis collectively as “DBAs”.

After India gained independence from British rule in 1947, the Constitution was drafted by Dr Ambedkar, India’s first Law Minister and a brilliant Dalit icon who faced immense hardships. The Constitution guarantees equality of all people and abolishes untouchability. There are also several laws and measures which aim to promote equality, such as universal and equal vote, equal remuneration, and prevention of atrocities against DBAs. There are also reservations of seats in education, public employment, and elected bodies for DBAs, and, in some cases, economically weaker sections and women.

Yet, the pitiable status of DBAs continues due to improper implementation of laws and measures. Untouchability is still practised. Intercaste couples face brutal, even fatal, violence. The inhumane practice of manual scavenging, where people (usually Dalits) cannot attain any other employment than manually cleaning human excreta from dry toilets, persists despite laws banning it. The government itself violates the law and employs people for this.

As per an interview I watched on television of Magsaysay-Award-winner Bezwada Wilson, the founder of an organisation that works to eradicate manual scavenging, women manual scavengers are not even paid equal to men for this horrible and illegal practice. Women from DBA communities are not only subjugated by people of other “higher” castes, but by their own men. Their status is much worse than the national average. All this underlines the double (or multiple) burdens that they carry – they have to walk twice as long on the march to be considered, as you have put it so well, a full-fledged citizen.

Dear Naomi, I am sorry if the contents of this letter are upsetting. My lived experience is far better than described above– the moral policing and microaggressions I face are nothing compared to the major challenges most women in my country (and yours) face. I firmly believe in inclusive and intersectional feminism, and wanted to use my privilege – and this opportunity – to raise issues faced by those who are not so lucky.  

It was heart-breaking to read about sexual violence by armed groups – we have had similar instances in our conflict zones. I would like to know if the DRC Government and NGOs are undertaking measures to support poor women and women who have been the victims of sexual violence by militias, and about their success. I would also like to know whether there are any programmes to support women in general, their effectiveness, and your personal experience with such programmes, if any.

Hope to hear from you soon!

Sincerely,

Ananya Upadhya

Your Indian friend
12-MARCH-2021, Bengaluru

Chère Ananya, 

J’espère que toi et les tiens, vous portez bien. De mon côté, tout va bien. La mesure de confinement a été levée chez nous, il y a presqu’un mois. Et nous avons repris les cours en mode présentiel sur l’un des sites de l’Université situé à 20 Km de la ville de Bukavu.

J’ai été très heureuse de te lire et j’admire ta façon d’écrire. Je me réjouis de voir que nos idées coïncident, par rapport à notre thème de discussion.

En effet, je suis d’accord avec toi lorsque tu parles de violence contre la communauté transgenre. Sur ce, je dois signaler qu’en RDC, la violence contre la communauté transgenre est un fait réel. Faire partie de cette communauté n’est pas illégal en RDC, pourtant les personnes transgenres sont mal vues et traitées comme des criminels au sein de la société en subissant des violences et des humiliations de tout genre. Ceci pousse un grand nombre d’entre eux à ne jamais s’afficher au grand jour car s’assumer transgenre demeure un tabou de taille dans notre société.

Les ONG nationales et internationales sont celles qui luttent le plus souvent pour le respect et la promotion des droits de la femme, particulièrement la femme paysanne en RDC. A titre d’exemple, je citerai Denis MUKWEGE qui est l’une des rares personnes en RDC, à élever sa voix pour la cause de la femme. Quant à l’état congolais, il demeure muet face aux cris des femmes qui souffrent sur toute l’étendue du pays.

C’est vraiment triste et révoltant de voir à quel point, le simple fait d’être différent biologiquement et/ou psychologiquement des autres humains peut être un blocage pour accéder à l’emploi, à l’éducation et à la gouvernance. A ce titre, j’évoque les femmes, les jeunes et les transgenres qui continuent malgré tous les efforts déployés, d’être les souches les plus discriminées de la société.

Le système des castes en Inde est une réalité qui m’a profondément bouleversée. Je trouve injuste d’être discriminé juste parce qu’on appartient à telle lignée et non à telle autre.

Le combat reste à mener et je pense, qu’en tant que jeunes leaders dans nos différentes sociétés, Ananya, nous devrions procéder à des sensibilisations pour abolir ces violences basées sur le genre et promouvoir une culture de la paix déjà dans l’éducation de base que reçoit l’enfant, l’éducation maternelle. Il s’agira donc, d’éduquer d’abord les femmes, ensuite les hommes à la paix et par ricochet éduquer la société entière.

En tant qu’étudiante en droit, que souhaiterais-tu faire pour apporter un changement durable par rapport à ces injustices et violations subies par des innocents partout dans le monde, et particulièrement en RDC et en Inde ?

En te souhaitant tout le meilleur pour la suite et en espérant te lire très vite, je te prie, très chère amie, de recevoir mes vœux les plus sincères et mes encouragements pour ton combat en tant que jeune leader dans la société.

Ton amie congolaise,

Naomi Nabami 
16-Mars-2021, Bukavu

Dear Naomi,

I am doing well, thank you. I am happy to hear that you are fine and that your classes have resumed. My university is holding classes online. Thank you for your kind words! I also appreciate your frank and succinct writing. Our ideas do concur on several aspects!

The LGBT+ community in India too faces similar problems like its counterpart in the DRC. LGBT+ people are often turned away from their families and are often forced to beg. While young urban India is increasingly accommodative of people’s diverse sexual identities and orientations, there is a long way to go.

The Right to Education became a fundamental right for all children in 2009. In India, a general trend I have observed is that women are usually granted rights along with men except in some personal law and military matters, but social structures prevent this right from being realised equally by everyone. This not only includes women but sexual minorities, people from “lower” castes and classes, and persons with disabilities. Just like in the DRC, rights are easy to sign into existence, but ensuring implementation is difficult and changing mindsets near-impossible.

Until equality of all groups is ingrained in society, replacing the deep, multifaceted hierarchies, the full emancipation of any group (such as women) is impossible. The very idea of equality and fraternity between humans is under threat due in part to the rise of reactionary politics worldwide stemming from fear of ethnic differences. I hope that people move away from this and vote for development and justice instead. The Indian youth set a positive example in this regard, with their pivotal role in recent protests against laws that they believed are violative of their interests and even of the Constitution, using the power of social media and their energy.

What you said about awareness-raising campaigns rings true. The onus lies on us privileged people to use our privilege to help those not as lucky. This is one of my key motivations behind law school (in specific, human rights issues). For example, as part of an internship, I am contributing to the effort to provide legal representation to death row prisoners who cannot access it. Several laws exist to free people from the chains of their gender roles and social positions, but they are increasingly inaccessible as one moves down social hierarchies. Spreading legal awareness is a crucial first step, and I hope I am able to contribute further to this cause as a woman, a law student, and later, a legal professional.

Dear Naomi, communicating with you has been incredibly enriching. Thank you for the faith you place in me in being capable of effecting change – the feeling is mutual. The DRC is undoubtedly on the path towards real betterment with young people like you. All the best for your future!

Sincerely,

Ananya Upadhya

Your Indian friend
20-MARCH-2021, Bengaluru